09 décembre 2014

Mr Turner le film : l' intimité d'un peintre génial.

Aujourd'hui je viens vous parler de Mr Turner, le film de Mike Leigh qui vient de sortir en France, et que j'ai vu cette semaine ...

Il faut vous dire que je suis une fan inconditionnelle de Joseph Mallord William Turner, que je considère comme l' un des peintres les plus importants de toute l'histoire de la peinture .

Et alors ... et alors ? Qu'en as tu pensé ?

C'est bien simple : je me suis régalée !

Le défi de Mike Leigh était ambitieux : respecter la vérité historique, car il s'agit bien d'une biographie, et aussi et surtout emporter son spectateur dans l'atmosphère et la lumière des toiles du maître.
Eh bien, je vous le dis, le contrat est parfaitement rempli !

Le film traite des 20 dernières années de la vie du peintre, les années qui ont vu naître ses plus grand chefs d'oeuvres,  ceux qui vont changer le cours de l'histoire de l'art et ouvrir sur l'impressionnisme plusieurs décennies plus tard, et même sur l' abstraction au cours du siècle suivant.

La personnalité et le caractère ...

Mr Turner sur www.allocine.fr


Le film commence vers 1828, Turner a environ 50 ans et est un peintre au sommet de sa célébrité, reconnu par ses pairs, membre de la Royal Academy, et ses toiles se vendent fort cher aux notables Londoniens.

De la personnalité et du caractère, il en a beaucoup , "Billy"  Turner, et pas des plus faciles ...
Le portrait de Mike Leigh est sans concession et ne cherche pas à édulcorer cette personnalité étrange et ambigüe, ni à la rendre sympathique.
Souvent sauvage et taciturne, voire acariâtre, parfois mesquin, il peut aussi se montrer jovial et sociable, surtout, il faut bien le dire, quand c'est son intérêt.

La sensibilité se révèle cependant, avec retenue, et nous sommes touchés par l'affection et la complicité qu'il entretient avec son père, avec qui il vivra jusqu'à la mort de ce dernier. Et également par cette histoire d'amour tardive avec la bonne Mme Booth, qui sera la compagne aimante des dernières années.


source image : www.independent.co.uk


Plusieurs séquences montrent le peintre au travail, éclaboussant, crachant, frottant avec ses doigts, grattant les couches de couleurs.

Turner n'a pas divulgué ses secret et ses savoirs-faire, mais effectivement, ce que montre Mike Leigh me paraît  crédible par rapport aux textures et à l'empâtement des toiles que j'ai vues il y quelques années à la Tate Gallery à Londres..

 

 

 

 

 

 

L'atmosphère ...




Nous voilà transportés dans la société anglaise des débuts de l'époque victorienne, atmosphère feutrée et retenue, intérieurs fleuris et lumières atténuées ... Dans la "bonne société", mais aussi dans celle des petites gens, qui ne sont pas tous beaux ni propres ni bien élevés . Là aussi pas de concessions, les travers et les bons côtés sont représentés avec beaucoup d'authenticité .

Une scène du film, tournée à Wentworth Woodhouse ...
source image : www.dailymail.co.uk

Et la scène originale, l'atelier de l'artiste au manoir de Petworth, chez l'un de ses mécènes et clients. On s'y croirait, je vous dis !
The Artist and his admirers, aquarelle, Tate Gallery à Londres


La Lumière ...


Mike Leigh s'est beaucoup attaché à rendre la somptueuse lumière que Turner a poursuivie toute sa vie.
Et le résultat est splendide et envoûtant ...
Par exemple ci-dessous, ce train à vapeur,  à côté le tableau Pluie, Vapeur , Vitesse.


Source image : www.nytimes.com
Ciel d'Angleterre Turnerien, vu par Dick Pope , le chef opérateur du film .
Source image : filmireland.net
Scarlet Sunset de JMW Turner, aquarelle sur papier, entre 1830 et 1840
Scarlet Sunset, Tate Gallery, Londres

Le clou du spectacle restera pour moi la reconstitution du désarmement du Téméraire, le vaisseau amiral de la marine à voile anglaise, remontant la Tamise tiré par un minuscule remorqueur à vapeur, lors de son dernier voyage . 
Tout y est, le ciel incandescent, la majesté du géant déchu, les voiles et les cheminées dans la brume ... Une  grandiose vision, aux côtés du peintre et de ses amis qui suivent le cortège en bateau ...

Le Téméraire, JMW Turner, 1838 . Actuellement à la National Gallery, Londres.
 Non, je ne vous montrerai pas d'image de cette extraordinaire scène issue du film, je vous la laisse découvrir par vous-même... Mais quel beau moment !

Turner mourut en 1851, à l'âge de 76 ans . Ses dernières années de peinture furent les plus novatrices et révolutionnaires : il diluera progressivement les objets et les formes pour tenter de capter l'essence même de la lumière et de l'air . La porte fut ainsi ouverte à l'impressionnisme, plus de 30 ans plus tard, et à l'abstraction lyrique, au siècle suivant.

Norham Castle, Sunrise, 1845, Tate Gallery , Londres

  
Seascape with Storm Coming On, 1840-41, Tate Britain



The Sarner See (Lake Sarnen), Evening, 1842, Aquarelle
 Les oeuvres tardives furent totalement incomprises par le public de l'époque, et suscitèrent des commentaires tels que "Ce pauvre Turner a vraiment perdu la vue", ou "Il est devenu fou ..".

A sa mort, la totalité de sa collection personnelle fut léguée à la Royal Academy, pour le plus grand bien de l'histoire de l'art et celle de l'humanité ...


Je vous encourage donc vivement à courir au cinéma le plus proche vous plonger dans l'univers et la fantastique lumière de Turner, vu par Mike Leigh !

Pour trouver une salle : www.allocine.fr

 Martine Belmon
Artiste Peintre Turner-phile

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